Comment cultiver son jardin d’optimisme?


Et nous y revoilà. Confinés de nouveau en France et en Belgique. Pas officiellement au Luxembourg, mais dans un contexte très particulier, où il est fait appel au «bon sens» de chacun d’entre nous. Nous sommes déjà passés par une telle étape au printemps dernier. Pourtant, la situation actuelle semble encore plus difficile à vivre que la première fois. Pourquoi?

Martin Seligman, fondateur de la psychologie positive, a mis en évidence le concept de «résignation apprise» ou «d’impuissance apprise» qui est à l’œuvre en ce moment: il ne semble plus y avoir de liens entre nos comportements, nos actions et le monde.

Concrètement, nous avons porté des masques, appliqué la distanciation sociale, utilisé du gel hydroalcoolique, aménagé nos locaux, nos modes de travail, pour être de nouveau confinés ou limités dans nos mouvements. Alors, à quoi bon faire des efforts, si cela ne sert à rien? La peur et l’anxiété étaient les émotions prédominantes du premier confinement. Elles ont laissé place à la déprime et la tristesse cette fois-ci.

De plus, nos ressources psychiques et physiques sont moindres, car nous sommes déjà fatigués. Le retour au travail a été souvent compliqué, anxiogène pour certains; les vacances d’été ont été perturbées; l’énergie de l’automne est opposée à celle du printemps. Elle décroît naturellement. Au fond, c’est comme si nous devions refaire un Tour du Luxembourg à vélo sans s’être remis du précédent.

Libérer ses énergies

Le philosophe du XVIIè siècle Spinoza nous éclaire sur ce que nous traversons quand il nous dit que «mieux vaut une vraie tristesse qu’une fausse joie». Derrière la tristesse, rôde la colère qui a besoin de s’exprimer, dans un premier temps, que ce soit en allant faire un footing, en chantant à tue-tête, en tapant dans un ballon ou un coussin.

Ainsi libérée, cette énergie peut devenir une véritable force créatrice et permettre, par exemple, de construire une façon différente de travailler (un libraire peut ainsi mettre en place du «click and collect», …); de créer du lien social (comment puis-je aider mes voisins?...); de développer des projets qui sommeillaient («le passage au home office a grandement accéléré la digitalisation des entreprises. Certaines ont accompli en seulement 3 mois ce qui aurait dû leur prendre 5 à 10 ans en temps normal!» constatait le 12 août dernier dans Les Échos Frédérique Liaigre, présidente de Verizon France,…).

Ce ne sont pas des émotions négatives, mais des émotions pénibles, qui permettent notre survie. Elles ont toutes une fonction. La peur nous pousse à faire attention et à conserver les gestes barrière; la tristesse active le soutien social et des pairs,… Nommer ce qui nous fait peur va nous permettre, ensuite, d’aller de l’avant, d’agir.

En plein désert, il est normal d’avoir chaud. En pleine pandémie, reconfinés, il est normal d’être (un peu) déprimés, tristes, fatigués et anxieux.

Imaginer de nouveaux chemins

Ce qui est intéressant, c’est d’observer que nous sommes tous confrontés à des choses difficiles au même moment. Cela permet de se tourner vers les autres et de pouvoir créer à partir de ce lien, ensemble. Accepter ce déséquilibre collectif, en nous reliant à notre capacité d’action, de création, nous amènera à regarder la réalité pour imaginer de nouveaux chemins. Le pire qui pourrait nous arriver serait de refaire indéfiniment les mêmes choses.

«Le bonheur et le positif ne sont pas le confort» nous rappelle le philosophe contemporain Fabrice Midal. Les épreuves ne sont pas là pour nous abattre, mais pour nous offrir la chance de nous redécouvrir, de nous connecter à des capacités que nous ignorions. L’expérience ne protège pas d’une seconde épreuve, mais cela va permettre de s’appuyer dessus pour créer encore et plus rapidement du nouveau.

Quand tout va bien, l’illusion est que tout est formidable et que nous ne pourrions pas vivre mieux. Or, la difficulté rend les choses plus intéressantes: d’une part, les secousses permettent de se redresser, de trouver le meilleur, de donner de la valeur aux choses, de se réveiller; d’autre part, le déséquilibre oblige à se mettre en mouvement, à agir, et non plus à conserver les choses telles quelles. Nous sommes contraints de rassembler nos forces parfois endormies pour construire du neuf, créer, inventer, Cela a pour vertu de nous redonner confiance en nos capacités d’espoir, de résilience, de progrès. Confiance en nous, tout simplement.

Il est donc essentiel de renforcer nos structures internes, comme nous renforçons notre système immunitaire, en veillant à notre alimentation ou en prenant des compléments de vitamines, aide à garder notre cap et résister aux vents contraires.

Voici quelques idées pour préparer un terreau fertile, pour cultiver notre jardin d’optimismes:

IDENTIFIONS!

  • Quelles sont les 7 choses qui nous rendent vraiment vivants, voire vibrants? Ce sont nos forces de vie et d’inspiration.

  • Dressons la liste des personnes que nous admirons. En effet, ce que nous aimons chez l’autre, nous le portons en nous, parfois très secrètement. Reconnaissons donc cette part de talent, ces valeurs, qui nous habitent aussi!

  • Mieux encore, listons ce que nous apprécions chez nous sans trop oser nous l’avouer. Nous sommes tous rompus à l’exercice de nous taire, de ne pas nous mettre en avant, de ne pas nous féliciter. Inversons la vapeur, nous en sortirons plus confiants.

OSONS!

  • Si nous savions que vous ne pouvons pas échouer, que ferions-nous pour nous lancer un nouveau défi ou dans un nouveau projet?

  • De quelles ressources aurions-nous besoin?

  • Sur qui allons-nous pouvoir nous appuyer?

  • Qui nous soutiendrait au quotidien? (famille, amis, collègues, client, fournisseurs, …)= osons demander!

  • Que ferions nous dans les prochains mois pour que ce projet se concrétise?

  • Et dans les prochaines 24h, qu’allons-nous faire pour en prendre le chemin?

  • Cerise sur le gâteau: Comment le saboterions-nous?

CULTIVONS UN REGARD NEUF!

En considérant comme «allant de soi» notre quotidien, nous en venons à oublier la valeur des choses. Il est bénéfique de reprendre le temps d’apprécier tout ce qui rend la vie plus facile: l’eau qui coule à volonté, les fruits et légumes qui offrent leurs bienfaits, l’air et le soleil qui entrent par la fenêtre, la sécurité que garantit notre pays, l’électroménager qui simplifie les tâches, Internet qui permet de garde du lien…

REMERCIONS!

  • Choisir un beau cahier ou un carnet pour noter chaque jour 3 choses qui nous ont fait du bien dans la journée et pour lesquelles nous sommes reconnaissants.

  • Se lancer à plusieurs dans cette pratique, lors d’un dîner par exemple, est une autre manière, très conviviale, de faire. Cela ouvre un champ de discussions enrichissant pour chacun. Les enfants en sont friands, alors autant les y associer! Les idées ne se bousculent pas toujours les premières fois, mais peu à peu, il devient facile de repérer un moment, une sensation, une idée qui ont illuminé les heures précédentes. «3 kifs par jour», Florence Servan-Schreiber y a consacré un livre entier! Rappelons-nous que cette discipline qui consiste à mettre l’accent sur ce qui nous enchante, nourri, amuse, étonne,… est d’autant plus puissante que les sciences cognitives ont mis en évidence qu’une pensée négative pèse autant que 7 positives. L’auto-louange, la gratitude, le remerciement, l’art d’apprécier ce que nous avons est très bénéfique et particulièrement dans les périodes agitées que nous traversons.

CRÉONS!

Pas besoin d’être un artiste confirmé et reconnu pour créer sa vie et se mettre en mouvement.

Commençons par faire un tout petit pas et renouons avec le dessin en gribouillant de plusieurs manières: rapidement, très lentement, avec notre main non dominante, à deux mains,…

Essayons avec différents styles de crayons, de supports, et progressivement, peut-être, allons vers un dessin. Mais surtout, il est important d’avoir pris un temps pour nous, pour nous connecter à nous-mêmes, doucement.

Nous pouvons ajouter une musique que nous aimons, une bougie ou une tisane aux effluves apaisantes. Nous sommes sur notre chemin. Notre respiration va se réguler naturellement et nous aurons pris de la distance avec ce qui nous préoccupe. Ce recul est essentiel pour rester en mouvement et poursuivre notre route.

Autrement.

(Image: klimkin / Pixabay)

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